Quelles archives ? Où sont ces archives ?

Le sort des archives liées au travail de Miguel Herberg au Chili en 1973 et 1974.
I  – Les archives du Studio Heynowski & Scheumann en Allemagne.
II – Les archives de Miguel Herberg.
Qu’est devenu le matériel tourné par Miguel Herberg au Chili en 1973 et 1974 ? L’essentiel a-t-il disparu dans les bouleversements qui ont suivi la chute du Mur de Berlin ou a-t-il été détruit par Mathias Remmert, le producteur des films d’Heynowski et Scheumann sur le Chili ?
Le plus probable est que ce matériel est toujours en Allemagne et attend que des chercheurs le découvre et l’exploite pour leurs recherches sur l’histoire du Chili, ou plus généralement l’Histoire du film documentaire.
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I – Les archives du Studio Heynowski & Scheumann en Allemagne :

Toutes les images tournées sous la direction de Miguel Herberg sont arrivées au Studio H&S à Berlin, à l’exception de l’interview du général Viaux. Ces archives sont donc loin de se limiter aux seuls films dont des copies ont été offertes il y a une dizaine d’années par Progress-Film à la cinémathèque nationale du Chili et au Musée de la Mémoire et des Droits de l’Homme de Santiago. Dans le matériel d’origine tourné sous la direction de Miguel Herberg, ce dernier apparaît parfois à l’image pour le clap de départ et face à l’interviewé, sans que cela soit systématique. Mais surtout, c’est bien lui  – sa voix est facilement reconnaissable –  qui conduit de bout en bout tous les interviews.

Eduardo Frei, Sergio Diez, Jaime Guzmán, Radomiro Tomic, général Leigh, Federico Willoughby, Corvalan, Colonel Labbé, Augusto Pinochet, Ismaël Huerta, général Arellano Stark, général Palacios, colonel Souper, capitaine Zippelius, 2 pilotes, Juan Luis Ossa, Benjamin Matte, Mario Correa, Francisco “Gabito” Hernández, D. Guijon, Pablo Rodriguez, général Cano, Julio Bazán, Onofre Jarpa, Fernando Léniz, amiral Merino. Cette liste figure dans un agenda de Miguel Herberg à la date du 19 février 1974. Il reste à interviewer le général Palacios, Benjamin Matte, Mario Correa et l'amiral Merino. Les autres interviews sont déjà en boîte. Les boîtes attendent qu'on s'y intéresse; elles sont probablement toujours en Allemagne.

Eduardo Frei, Sergio Diez, Jaime Guzmán, Radomiro Tomic, général Leigh, Federico Willoughby, Corvalan, Colonel Labbé, Augusto Pinochet, Ismaël Huerta, général Arellano Stark, général Palacios, colonel Souper, capitaine Zippelius, 2 pilotes, Juan Luis Ossa, Benjamin Matte, Mario Correa, Francisco “Gabito” Hernández, D. Guijon, Pablo Rodriguez, général Cano, Julio Bazán, Onofre Jarpa, Fernando Léniz, amiral Merino.
Cette liste figure dans un agenda de Miguel Herberg à la date du 19 février 1974. Il reste à interviewer le général Palacios, Benjamin Matte, Mario Correa et l’amiral Merino.
Les autres interviews sont déjà en boîte.
Les boîtes attendent qu’on s’y intéresse; elles sont probablement toujours en Allemagne.

Les films réalisés par Heynowski et Scheumann ne montrent qu’une petite partie du matériel tourné sous la direction de Miguel Herberg en 1973 et 1974, pendant l’Union populaire et sous la dictature. C’est la loi du genre, les films d’H&S ne présentent que quelques minutes d’interviews qui durent beaucoup plus longtemps – pour la majorité environ 30 minutes – et dont la totalité des contenus intéresserait à coup sûr les historiens. De plus, seuls des extraits d’une partie des interviews conduites par Herberg au Chili ont été utilisés par H&S. Beaucoup d’interviews n’ont pas été utilisées et restent donc jusqu’à aujourd’hui totalement ignorées.

Si l’on en croit Isabel Mardones qui a pris le parti de répéter et avaliser ce que lui a affirmé Mathias Remmert, le producteur des films d’H&S sur le Chili, toutes ces archives se seraient perdues avec les bouleversements qui ont suivi la chute du Mur de Berlin. Ce n’est pas totalement impossible, mais il s’agit à notre avis de l’hypothèse la moins probable..
Les historiens qui ont travaillé sur la RDA se sont au contraire souvent étonnés de trouver tant de documents si bien conservés, la plupart du temps intacts. Le plus inquiétant est qu’Isabel Mardones nous dit qu’une fois l’Allemagne réunifiée, c’est précisément à Mathias Remmert, le producteur de tous les films du Studio H&S sur le Chili, qu’a été confié de mettre de l’ordre dans les archives du studio H&S avant de les remettre à Progress-Film qui les gère aujourd’hui. C’est ce passage des archives dans les mains de Matias Remmert, artisan de l’imposture, plus que la chute du mur de Berlin qui peut faire craindre des pertes.

En niant en 2011 la présence même de Miguel Herberg au Chili en 1973 – affirmation dont se sont satisfaits Isabel Mardones (Goethe Institut), Ricardo Brodsky (Musée de la mémoire), Ignacio Aliaga (Cinémathèque nationale) et Luis Horta (Cinémathèque de l’Université du Chili) –, Mathias Remmert est celui qui a été le plus loin dans la construction du mensonge pour couvrir l’imposture de Walter Heynowski et Gerhard Scheumann. On peut craindre qu’il ait pris les précautions nécessaires – allant jusqu’à la destruction de documents et matériel filmique – pour que l’analyse des archives du Studio H&S ne soit pas en mesure de le contredire. Il reste que si cela a été le cas, les nettoyages d’archives sont rarement très bien faites.

Si la disparition de ses archives étaient confirmées, nous pensons que nous le devrions plus à des décisions internes des anciens du Studio H&S – notamment à l’intervention de Walter Heynowski et Mathias Remmert – qu’à la chute du Mur de Berlin.
Il reste une  troisième hypothèse, la plus optimiste mais aussi celle qui nous paraît la plus plausible : au moins sous sa version originale – négatif image et bande son – le matériel tourné sous la direction de Miguel Herberg au Chili en 1973 et 1974, ou au moins une bonne partie, est en Allemagne et attend qu’un chercheur s’y intéresse et l’étudie…

Il serait du plus grand intérêt pour les chercheurs et historiens que la direction du Musée de la mémoire et des Droits de l’Homme de Santiago et celle de la Cinémathèque nationale du Chili, plutôt que de nier son travail, s’inquiètent du sort des archives liées au travail de Miguel Herberg au Chili en 1973 et 1974.

II – Les archives de Miguel Herberg :
En ce qui concerne le matériel filmique, la pièce importante originale dont dispose Miguel Herberg est l’interview du général Viaux. Herberg en a déposé la bande image et la bande son à la Filmoteca Nacional de España en 2010.
Il y a quelques années, Miguel Herberg avait mis gracieusement une copie de cette interview à la disposition de Jean-Pierre Sanchez (France) et Samuel Leon (Chili) dans le cadre d’un projet (qui n’aboutira pas) d’un documentaire sur l’assassinat du général René Schneider qui aurait été réalisé avec l’appui de Raul Schneider, un des fils du général qui vit à Paris. Nous mettrons la version intégrale de cette interview en ligne sur Youtube. Elle est un excellent exemple des interviews de Miguel Herberg : commencer par une question neutre et très ouverte et laisser parler l’interlocuteur quitte à commencer par n’enregistrer que des propos anodins.

Dans les archives d’Herberg accessibles en Espagne, il y a les photos  (négatifs n&b, diapositives couleur, planches contacts) prises à l’occasion de certains des interviews ou reportages, notamment une centaine de diapositives couleurs prises dans les camps de Chacabuco et Pisagua. Les négatifs noir & blanc sont en assez bon état, les diapositives auraient besoin d’être restaurées.

Les agendas, des cartes de visite, des courriers échangés dans le cadre de la préparation des interviews, des exemplaires de journaux de l’époque de l’extrême droite chilienne, des articles et des photos de Miguel Herberg publiés dans la presse italienne et internationale complètent les archives auxquelles j’ai eu accès. Il reste à retrouver les archives de Miguel Herberg restées en Italie où il a longtemps vécu.

Une fois exploités dans le cadre de ce travail, je suggérerais à Miguel Herberg que ces documents soient déposés à la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine (BDIC, Université de Paris X – Nanterre). Cette imposture intéresse en effet l’histoire du Chili, celle de la RDA, mais aussi l’histoire du cinéma documentaire.

D’ici là, nous présenterons dans cette rubrique « archives » des copies numériques de tous ces documents

À SUIVRE…

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