Quien es Miguel Herberg ?

Mis en ligne en mars 2014. Dernières modifications, le 29 mai.

Le nom de Miguel Herberg apparaît en queue du générique du film Der krieg der mumien (1974). La présence de Miguel Herberg au Chili en 1973 est là encore confirmée...

Le nom de Miguel Herberg apparaît en queue du générique du film Der krieg der mumien (1974).
La présence de Miguel Herberg au Chili en 1973 est là encore confirmée…

Dans les versions originales, en allemand donc, de la dizaine de films réalisés par Walter Heynowski et Gehrard Scheumann de 1974 à 1983 sur le Chili, Miguel Herberg n’est rien… ou presque rien.

Le nom de Miguel Herberg est modestement mentionné à la fin du générique du tout premier film de H&S sur le Chili « Der krieg der mumien ». Ce film traite des mois qui ont précédé le coup d’état du 11 septembre, donc de l’année 1973. Il est sorti en RDA au début du mois de mars 1974.

Notons que cette mention « Mitarbeit in Chile / Miguel Herberg«  (Collaboración in Chile / Miguel Herberg, dans la version espagnole La guerra de los momios) est à elle seule la preuve de la mauvaise foi d’Isabel Mardones, d’Ignacio Aliaga et Luis Horta, respectivement directeurs de la cinémathèque du Goethe Institut, de la Cineteca nacional, et de la Cineteca de la Universidad de Chile. 

Pour tenter de sauver les deux imposteurs Walter Heynowski et Gerhard Scheumann, ils ont en effet préféré ignorer cette mention d’Herberg sur ce générique et accréditer le scénario selon lequel Miguel Herberg n’avait jamais mis les pieds au Chili en 1973…

En dessous de l'introduction au "Carnet de travail" d'Heynowski et Scheumann signée Albert Cervoni (membre du comité de rédaction de "Cinéma"), un générique avec mention de Miguel Herberg. [Cinéma 75, avril, n° 197, tiré à part diffusé par UNI/CI/TÉ]

En dessous de l’introduction au « Carnet de travail » d’Heynowski et Scheumann signée Albert Cervoni (membre du comité de rédaction de « Cinéma »), un générique avec mention de Miguel Herberg.
[Cinéma 75, avril, n° 197, tiré à part diffusé par UNI/CI/TÉ]

Dans le n° d’avril 1975 de la revue « Cinéma », organe de la Fédération française des Ciné-Clubs, 32 pages sont consacrées à la sortie en France de  « La guerre des momies« . Il s’agit pour l’essentiel, de la page 9 à la page 31, de la traduction depuis l’allemand d’un « carnet de travail » des réalisateurs Heynowski et Scheumann dont la version originale avait été diffusée au moment de la sortie de « Der Krieg des Munien » à Berlin, en mars 1974. Heynowski et Scheumann y construisent le début de leur légende au prix d’importants écarts à la simple vérité.

Ce long document fera l’objet d’un tiré à part diffusé par les soins du distributeur du film, UNI/CI/TÉ. Miguel Herberg est cette fois-ci présenté, page 7 du tiré à part, comme un des deux « collaborateurs politiques » des réalisateurs est-allemands. Même si son rôle n’est pas reconnu à la hauteur de ce qu’il a été, au moins son existence même n’est-elle pas niée comme le feront plus tard Walter Heynowski et Gerhrard Scheumann sur les génériques de tous leurs autres films sur le Chili.

Après Der krieg der mumien, le nom de Miguel Herberg n’apparaîtra plus jamais dans les génériques des films d’Heynowski et Scheumann. Mais dés ce premier film on entend rarement sa voix. Dans les versions originales des documentaires d’Heynowski et Scheumann, les interventions et les questions de Miguel Herberg sont le plus fréquemment intégrées au discours du commentateur principal qui intervient en voix off, en règle générale, la voix de Gerhard Scheumann. Pour le reste, les questions de Miguel Herberg sont souvent doublées en langue allemande et la voix de Miguel Herberg  ne surnage que rarement.

Dans les versions espagnoles de ces films, le commentaire en voix off de Gerhard Scheumann a été traduit en espagnol et confié à un hispanophone… La voix de Miguel Herberg posant des questions, le plus souvent doublée en allemand dans la version RDA, réapparaît un peu plus souvent dans les versions espagnoles des documentaires d’Heynowsky et Scheumann. Ces traces sont suffisantes pour être des preuves irréfutables de l’imposture de Walter Heynowski et Gerhard Scheumann et de nouvelles preuves accablantes de la mauvaise foi de ceux qui ont tenté de faire passer Miguel Herberg pour un ‘impostor« .

Dans ces extraits de Mas fuerte que el Fuego, version espagnole de Im Feuer Bestanden (1978), on est témoin de l’entretien de Miguel Herberg avec le général Gustavo Leigh, encore considéré au moment de cette interview, en fin de matinée le 18 février 1974, comme le plus féroce des quatre généraux de la junte militaire, encore plus féroce que le chef  la junte, le général Pinochet :

La voix de Miguel Herberg, avec son accent madrilène, est incontestable dans ces brefs extraits de Mas fuerte que el fuego mis en ligne sur Youtube (https://www.youtube.com/watch?v=Fo7eUn-2Gjg) par Saúl Valverde, cinéaste espagnol.

à 0’30 », Miguel Herberg au général Leigh : No se podrian entrevistar a estos pilotos ?

Général Leigh a Miguel Herberg : No, yo quiero mantenerlos anónimos… por razones obvias… Nooooo… los pilotos yo no quiero que aparezcan en television… porque tanta gente que le suele afectar algo…

Miguel Herberg : Claro, nosotros preguntamos… claro !

Général Leigh  : incluso el hijo mio es piloto… teniente… No es conveniente por seguridad…

Sur Youtube. Trois heures après que le général Leigh lui a refusé l'autorisation de rencontrer les pilotes : Miguel Herberg : "Nos puede decir si ha participado a los combates del 11 de septiembre ? Le pilote : "Si, como todos los pilotos del groupe 7". (https://www.youtube.com/watch?v=yhhtVezc2wc)

Sur Youtube.
Trois heures après que le général Leigh lui a refusé l’autorisation de rencontrer les pilotes :
Miguel Herberg : « Nos puede decir si ha participado a los combates del 11 de septiembre ?
Le pilote : « Si, como todos los pilotos del groupe 7 ».
(https://www.youtube.com/watch?v=yhhtVezc2wc)

MH : On pourrait interviewer ces pilotes ?

Leigh : Non, je souhaite les garder anonymes… pour des raisons évidentes… Nooooon… je ne veux pas que les pilotes apparaissent à la télévision…   Parce qu’il y a des gens qui pourraient en être dérangés…

MH : Bien sûr, nous on demande… bien sûr…

Leigh : d’ailleurs mon fils est pilote… lieutenant… Ce n’est pas pertinent pour des raisons de sécurité… ]

Qui est Miguel Herberg ?

Miguel Herberg est ce fou qui, moins de trois heures après que le général Gustavo Leigh, membre de la junte lui ait clairement refusé l’autorisation de rencontrer les pilotes chargés des bombardements du 11 septembre 1973, se retrouve sur la piste de décollage de la base aérienne Los Cerillos et leurs tend son micro au pied de leurs avions bombardiers Hawkers prêts à décoller pour un show organisé par le commandant du Groupe 7 à son intention :

à 1′ 03 », Herberg : Nos puede decir si ha participado a los combates del 11 de septiembre ?

Le pilote : Si, como todos los pilotos del grupe 7

[ MH : Pouvez-vous nous dire si vous avez participé aux combats du 11 septembre ?

Le pilote : Oui, comme tous les pilotes du groupe 7 ]

À la suite, questions et réponses semblables avec autre pilote, un commandant d’escadrille et le commandant du Groupe 7.

Un seul journaliste ou cinéaste de la presse audio-visuelle, chilien ou de la presse internationale, a-t-il  montré autant d’audace que Miguel Herberg ?

C’est pourtant ce même Miguel Herberg qui s’est vu traité d’ « impostor » par Patricio Guzman, soutenu par Ricardo Brodsky, directeur du Museo de la Memoria y de los derechos humanos de Santiago !

 Qui n’est pas Miguel Herberg ?

Miguel Herberg, photo prise en Italie vers 1974.

Miguel Herberg, photo prise en Italie vers 1974.

 Grâce à Jacqueline Mouesca, Patricio Guzman, Pedro Chaskel, Isabel Mardones, Ricardo Brodsky… on peut déjà dire qui n’est pas Miguel Herberg Hartung :

– Miguel Herberg n’est pas comme l’écrivait en 1988 Jacqueline Mouesca, historienne du cinéma [Veinticinco años de cine chileno (1960-1985); Madrid, Eds. del Litoral], le « colaborador ocasional » d’une équipe au Chili qui aurait été constituée d’Heynowski et Scheumann, Hellmich à la caméra et Berger au son (Note 1). Cette équipe n’a jamais existé au Chili. Hellmich n’y a jamais filmé sous la direction d’Heynowslki et Scheumann. Le seul séjour prouvé de Manfred Berger au Chili est celui de 1974 où il s’occupe du son pour les reportages et interviews filmés par Hellmich et réalisés sous la direction de Miguel Herberg. Berger était-il à Santiago le 11 septembre 1973 ? Ce n’est pas complètement invraisemblable, mais il reste à en apporter la preuve.

–  Miguel Herberg n’est pas non plus, comme Patricio Guzman a tenté d’en convaincre, un « ayudante del cameraman… no es de fiar »  (un aide caméraman … dont on ne peut pas se fier). Au dire de Patricio Guzman, le plus virulent vis-à-vis de Miguel Herberg jusqu’à le traiter d’Impostor, ce serait parmi les dernières paroles qu’il aurait recueillies en 1997 de la bouche de Gerhard Scheumann quelques mois avant qu’il ne meurt d’un cancer. Nous démontrerons que dans toute cette affaire H&S – Herberg le « no es de fiar » conviendrait mieux à Patricio Guzman qu’à Miguel Herberg.

Peter Hellmich face à l'amiral Ismaël Huerta photographié par Miguel Herberg le 25 janvier 1974.

Peter Hellmich face à l’amiral Ismaël Huerta photographié par Miguel Herberg le 25 janvier 1974.

– Miguel Herberg n’est pas non plus l’inconnu évoqué par Pedro Chaskel. Chaskel prétend en effet s’être entretenu avec Peter Hellmich au Festival de Leipzig qui lui aurait affirmé « de Miguel Herberg no había oído nunca » (De Miguel Herberg, je n’ai jamais entendu parler). Il s’agit incontestablement d’un faux témoignage. Il reste à savoir si la responsabilité en incombe à Peter Hellmich qui aurait menti à Pedro Chaskel ou à Pedro Chaskel qui aurait inventé cette affirmation de Peter Hellmich. Nous avons quelques raisons de pencher pour la seconde hypothèse.

– Enfin, on l’aura compris, Miguel Herberg n’est pas celui qui n’a pas posé le pied au Chili de toute l’année 1973, comme a voulu le faire croire Isabel Mardones en s’appuyant sur les affirmations de Mathias Remmert, producteur des films du Studio H&S sur le Chili et longtemps gardien peu scrupuleux de ses archives.

Miguel Herberg, vers 2010.

Miguel Herberg, vers 2010.

Qui est Miguel Herberg ?

Miguel a ceci de  commun avec Walter Heynowski et Gerhard Scheumann : chacun d’entre eux alterne le vrai et le faux. Par exemple, Miguel Herberg s’est laissé parfois aller à affirmer qu’il était à Santiago le 11 septembre 1973. Il devait y être, son caméraman Peter Hellmich l’attendait… mais il n’y était pas. La décision d’assister avec Danilo Trelles à la tri-continentale à Alger du 5 au 9 septembre 1973 lui a fait rater – on peut le dire d’un cinéaste-journaliste – le coup d’État au Chili.

La vantardise est un trait assez fréquent chez les journalistes et les documentaristes. La différence entre Heynowski, Scheumann et Herberg reste cependant considérable : quand les deux premiers disent 20% d’une vérité inconsistante pour rendre plus crédible leurs 80% de mensonges et vantardises, Miguel Herberg énonce 80% de vérités vérifiables… et pour le reste se laisse aller à quelques propos de pure fantaisie. Ce dont Herberg n’avait d’ailleurs aucunement besoin tant son travail réel a été exceptionnel.

Le 19 mai 1971, L'Unità, organe du Parti communiste italien, signale à ses lecteurs le passage à la RAI (télévision italienne) d'un documentaire de Miguel Herberg sur le sport en RDA.

Le 19 mai 1971, L’Unità, organe du Parti communiste italien, signale à ses lecteurs le passage à la RAI (télévision italienne) d’un documentaire de Miguel Herberg sur le sport en RDA.

Quelles ont été les relations de Miguel Herberg avec le Studio Heynowski & Scheumann ?

Où et quand a-t-il connu Peter Hellmich ?

Comment a-t-il obtenu qu’Hellmich soit son caméraman au Chili ?

Il ne faudra pas compter pour donner des réponses sérieuses à ces questions sur Heynowski, Remmert, Stein, Chaskel, Guzman, Mardones ou Brodsky qui ont fait la preuve de leur mauvaise foi, et parfois de bassesse.

Les archives de Miguel Herberg et nos recherches donneront des réponses. Pour l’instant, cette brève publiée dans l’Unità du 19 mai 1971 (ci-dessus) ou encore l’article qu’il signe « Miguel » en septembre 1970 dans le journal féminin est-allemand Für Dich confirment les déclarations de Miguel Herberg : il était correspondant à Rome de journaux de l’Allemagne de l’Est. Ses entrées en RDA étaient donc bien antérieures à ses séjours au Chili et ne devaient rien à Walter Heynowski et à Gerhard Scheumann.

 Miguel Herberg : publication dans le journal féminin est-allemand Für Dich (septembre 1970)  

Quien es Miguel Herberg ? » texte et photos dans FÜR DICH (septembre 1970)
FÜR DICH, couverture, septembre 1970
FÜR DICH, couverture, septembre 1970
M. Herberg (texte et photos) – 1
M. Herberg (texte et photos) – 1
M. Herberg (texte et photos) – 2
M. Herberg (texte et photos) – 2
M. Herberg (texte et photos) – 3
M. Herberg (texte et photos) – 3
Signature de Miguel Herberg : "miguel"
Signature de Miguel Herberg : "miguel"

Modus operandi Les archives de Miguel Herberg éclairent aussi sur son modus operandi. Le terme « d’infiltration » pour décrire sa familiarité avec les représentants de l’ultra-droite chilienne, même s’il a lui même utilisé ce terme, nous paraît mal rendre compte de sa manière d’opérer. En effet, Miguel Herberg avance à visage découvert. Quand pour la première fois le Museo de la memoria a présenté les films du studio H&S, le programme présentait nos deux héros-imposteurs, Heynowski et Scheumann, usant de faux passeports… Isabel Mardones a insisté de son côté sur la précaution prise par nos deux maîtres-espions : ne porter que des sous-vêtements made in Allemagne de l’Ouest. Les soutiens d’Heynowski et Scheumann tenaient à les présenter comme les personnages dignes d’un roman de John Le Carré. À l’occasion de la présentation des films d’Heynowski et Scheumann et sur la foi des textes produits par le Museo de la memoria, le journal en ligne lanacion.cl parlait de « leurs méthodes d’espionage ». Rien de tout cela… c’est sous son véritable nom, sa véritable résidence – Roma, Italia – avec un vrai passeport et la recommandation de Renzo Rossellini qui produisait depuis 1969 des films sur le tiers-monde résolument à gauche avec sa maison de production San Diego Cinématografica que Miguel Herberg a fait son entrée dans la droite ultra de Santiago par la porte « Di Girólamo » (lire L’interview du général Roberto Viaux par Miguel Herberg). La page « Les agendas de Miguel Herberg« , où sont détaillés ses contacts avec Juan-Luis Ossa et Lucia Santa Cruz, permet aussi de mieux comprendre la manière de procéder de Miguel Herberg.

Jean-Noël Darde

À SUIVRE…

Note 1

Jacqueline Mouesca a donné en 1988 la première caution universitaire au récit des deux imposteurs. C’est son texte qui va être par la suite souvent repris sans précaution. Cependant, sans que Jacqueline Mouesca le sache au moment où elle rédigeait son ouvrage (texte accessible ici sur Internet), une fois admis qu’il faut rendre à Herberg la direction de tournages que Jacqueline Mouesca attribuait à tort, en 1988, à Heynowski et Scheumann, de nombreux passages de son texte sont indirectement de beaux hommages au travail réalisé par Miguel Herberg au Chili, en 1973 comme en 1974. En effet, à plusieurs reprises Jacqueline Mouesca évoque la lourdeur idéologique dont les deux réalisateurs allemands font preuve mais ajoute que les images de certains des reportages tournés font à elles seules la valeur exceptionnelle des films du Studio H&S sur le Chili. Des images tournées – pour certaines dans des conditions très périlleuses – sous la seule direction de Miguel Herberg…

* * *

Textes de Jean-Noël Darde ( jndarde@gmail.com ).

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